Description

Observateur attentif, cadreur minutieux, Alan Nogues filme la Nouvelle-Calédonie sous un angle original et sensible. Après la biodiversité dans L’Île continent puis la littérature dans Un Caillou et des livres, le réalisateur s’intéresse à l’histoire du pays. Avec La Dernière révolte, il expose un moment douloureux – la  rébellion kanak de 1917 – donnant du grain à moudre à la machine identitaire calédonienne.

 

Avant de devenir réalisateur, Alan Nogues était un cuisinier passionné de littérature. Taraudé par son envie d’écrire, il reprend ses études, obtient son bac et s’inscrit en licence de Lettres. Auteur insoupçonné de plusieurs nouvelles, il publie finalement un roman en 2009, Le Vert de l’île. Et, après la plume vient la vidéo : « j’aimais déjà la photo et le pouvoir de capter ce qu’on voit. Avec la vidéo, on peut aller plus loin et raconter une histoire non plus sur le papier mais en images ».

 

Liberté d’écriture

Il apprend sur le tas et Internet. « Être autodidacte apporte une certaine liberté, une originalité, une fraîcheur mais c’est aussi avancer à tâtons, en n’étant jamais certain de ses choix. » En 2010, il se fait la main sur des clips, « des formats courts qui doivent coller à l’univers de l’artiste mis en scène et donnent un bon cadre de travail ».

Deux ans plus tard, l’apprenti a trouvé sa propre voie, empreinte de nature, de contemplation et de réflexion. « Mon but n’est pas de donner mille informations à la seconde. »

Il réalise le décor projeté du spectacle Mimésia de Liza Prouchandy, création double d’un film de paysages qui dialoguent avec la chorégraphie de la danseuse.« J’ai projeté le montage sur un écran transparent, un procédé qui permet à l’artiste de se fondre dans l’image, et même de s’y incruster. La gestuelle de Liza et la vidéo doivent être parfaitement synchronisées pour que l’effet soit réussi. »

Il poursuit dans la même veine avec L’Île continent, sorti fin 2013. Un premier projet, une écriture plus personnelle, qui l’occupe pendant deux ans. « J’y raconte la nature calédonienne grâce aux savoirs kanak et scientifiques, deux connaissances du monde qu’on imagine le plus souvent en opposition. »Deux autres volets, déjà prévus, permettront de répondre à la question inaugurale du premier opus : « comment et par quel miracle, une si petite superficie peut-elle contenir autant de richesses ? »

 

Nature et culture

Alan rencontre, en 2013, l’auteur métropolitain Charles Juliet. L’écrivain, au passé familial torturé, mène une quête poétique sur la construction identitaire, la condition humaine et la cellule familiale. Des considérations qui ont trouvé en Nouvelle-Calédonie, une résonnance particulière. Ces Entretiens avec Charles Juliet illustrent véritablement la griffe libre et non formatée d’Alan Nogues.

Suivra en avril 2014, « Un Caillou et des livres », un docu-fiction dans lequel des auteurs du pays deviennent acteurs. En s’inspirant astucieusement des techniques de réalisation de clips, il met en images la littérature, pourtant si abstraite.
Productif, Alan Nogues sortira son prochain documentaire en mars prochain sur NC 1ère. Avec La Dernière révolte, il s’attaque – et c’est peu dire – à un tabou : la rébellion kanak qui a secoué la région de Koné-Hienghène en 1917.« C’est un épisode méconnu et pourtant fondateur qui explique beaucoup de choses sur la société actuelle » résume-t-il. Revenant sur la question de la complémentarité des savoirs qui lui est chère, ce long métrage met en parallèle l’Histoire, livresque, et l’oralité kanak, montrant la subjectivité, consciente ou non, de chacun de ceux qui la racontent. Il n’a pas la prétention d’en sortir une « Vérité », mais espère que La Dernière révolte soit une bonne synthèse de l’état actuel des connaissances et permette peut-être d’ouvrir quelques pistes de réflexions.

 

 

Par Frédérique de Jode

© Eric Dell’Erba