Adjé
Musique / Art Plastique
Slam
Description

« Quitte à travailler à perte, je veux que mon délire aboutisse »

 

« Heureux qui comme Ulysse a fait un long voyage »… Un bonheur qu’Adjé a lui aussi trouvé au travers de ses pérégrinations. Sculpteur hyperactif, slameur passionné, l’artiste se laisse emporter par la fièvre créatrice au gré des voyages qu’il entreprend. Un homme engagé. Curieux. Libre...

 

Adjé est né au Maroc dans un petit village de pêcheurs. Très tôt, il se met à dessiner, esquissant le chien du voisin ou croquant les gens dans la rue. Exilé en France à l’âge de 12 ans, il ne trouve pas sa place dans ce nouvel environnement. Après une année aux Beaux-Arts et plusieurs petits boulots, il quitte la Métropole pour s’installer en Nouvelle-Calédonie qui devient son port d’attache. Il n’a que 16 ans. Sa passion des voyages et son goût pour l’aventure le poussent à sillonner plusieurs autres pays du monde comme la Thaïlande, Madagascar, le Brésil, la Guyane. Il alterne ainsi projets artistiques et jobs plus lucratifs : dessinateur pour architecte, vendeur dans des foires internationales ou encore instigateur d’une radio pirate. Adjé est libre !

 

Sculpteur XXL

À chaque retour sur l'île, le jeune homme découvre la sculpture sur bois au contact d’artistes kanak. Coup de foudre pour cette forme d'art et tournant décisif dans la vie artistique d’Adjé. L’utilisation du métal intervient plus tard lorsqu’un ami lui confie un vieux fer à souder. Ses œuvres en fer rencontrent alors un beau succès sur le territoire comme ailleurs. En 2007, il remporte le prix du concours international australien Sculpture by the sea, et confirme ainsi sa reconnaissance aux yeux du monde. Adjé ne se fixe aucune limite : « Quitte à travailler à perte, je veux que mon délire aboutisse ». Certaines de ses sculptures sont monumentales, c’est le cas du Nautilus, une commande de la bibliothèque Bernheim pour une exposition sur le centenaire de la mort de Jules Verne en 2005. « Ils m’avaient commandé une œuvre de quatre mètres, je suis arrivé avec un Nautilus de quatorze mètres ! Leur confiance m’a permis de réaliser ce que je voulais. » Un partenariat souvent renouvelé qui a donné au sculpteur la liberté de concrétiser ses idées les plus fabuleuses.

 

Politiquement artiste

La voie de sa création est celle de l’expression la plus totale. Adjé est un artiste passionné, livrant ses œuvres au public comme on livre un message. Il lutte pour une nature préservée, un peuple écouté, un destin partagé. C’est aussi dans les mots que son combat existe car Adjé est également slameur. Il est le premier à ouvrir le chemin de la parole scandée en Nouvelle-Calédonie. « J‘écris sur des choses qui m’ont marqué, ce sont des textes passion qui me permettent de livrer un message plus direct qu’avec la sculpture. » Aujourd’hui, avec l’exposition À la rue, il démontre que l’art, même en dehors d’une galerie, n’est pas vandalisé et forge – au contraire – le respect. C’est en artiste rebelle et surprenant qu’Adjé participe à sa manière à la construction du pays.

 

Tous à la rue

Adjé a invité deux autres artistes à participer à l’exposition À la rue : Ito Waïa et Jean-Marie Ganeval. Une notion de partage qui lui tient à cœur : « Je travaille beaucoup avec d’autres artistes. Il y a toujours une magie qui se fait, un échange intense ». Après le Mont-Dore et le marché de Nouméa, l’exposition se rendra à Païta, à la bibliothèque Bernheim, avant de partir pour un petit voyage autour de la Nouvelle-Calédonie.

 

Par Léna Quillier

(c) Niko VinCent