Ritchi Bouanou

11/01/2017
ENDEMIX

Cette fin d’année 2016 aura été un vrai marathon pour Ritchi Bouanou. Entre la sortie de son album solo Qui ?, sous le pseudonyme de Hyarison et sa fonction de directeur général du club de Hienghène Sport, le jeune trentenaire travaille beaucoup, slalome entre Hienghène, Koné et Nouméa et s’expose dans les médias de tout le pays. Endemix a eu la chance de le rencontrer à Hienghène entre deux allers retours, dans un calme relatif mais dans un espace au sein duquel le chanteur se sent serein. 

Endemix : Bonjour Ritchi ! On vous croise beaucoup en ce moment, à la TV, à la radio, sur scène. Comment allez-vous dans tout ce tourbillon médiatique ?

Ritchi Bouanou : Un peu fatigué ! (rires). Mais content du travail accompli. Faire la tournée des médias est indispensable pour assurer la promotion de l’album. C’est une passerelle vers le public. Sinon, cela ne sert à rien de faire un disque, autant jouer de la musique dans sa chambre ! 

Très bien, alors commençons l’interview ! La sortie de votre album Qui ? se passe plutôt bien. Vous avez eu une petite envie de solitude, vous si engagé dans les groupes des Koulnoué Boys Band et de Cada ? 

Me lancer en solo a été l’objet d’une grande réflexion. J’ai été encouragé par Jean-Mathias Djaiwé, mon grand frère, mentor et leader de Cada, et par mon grand cousin bassiste Steeve Yentao. J’ai eu aussi envie de m’ouvrir à d’autres univers, de construire un album plus personnel. Mon nom d’artiste lui-même est très intime et synthétise tout ce qui me compose : le HY de Hyehen (Hienghène, ma commune), YA du prénom de ma femme Maya, RI pour Ritchi et SON du prénom  de mon fils, Edinson. Mais il ne faut pas non plus exagérer ma solitude ! J’ai un groupe de musiciens fixes autour de moi, avec qui je tourne. Des expériences avec KBB et Cada, j’ai gardé une gestion managériale très participative dans laquelle les musiciens, tant qu’ils apportent des remarques constructives, ont tout l’espace nécessaire pour s’exprimer.

Ce sont des artistes talentueux et très impliqués. Mais, c’est vrai que j’ai pu prendre plus de libertés, notamment dans les paroles, sans demander l’aval du groupe. 

Qui se cache derrière Qui ?, le titre de cet album ?  

Là on parle de tous ceux qui auront le courage de leurs ambitions. Comme dans la chanson éponyme : « Qui aura le courage de se faire un nom, un avenir ? ». C’est une question un peu engagée, un peu militante, pas dans une dimension contestataire, mais dans une optique citoyenne, personnelle. Il faut remonter ses manches et gagner ce qu’on veut avoir et être. Il faut mériter la reconnaissance des autres, elle n’arrivera pas toute seule.

C’est d’ailleurs une autre de vos chansons : Reconnaissance.  

Je suis un peu blasé par le manque de reconnaissance de certains, des jeunes envers les vieux notamment ou inversement, qui frôle la frontière avec le manque de respect parfois. C’est aussi une remarque sur l’importance du travail accompli, des efforts fournis, dans tout un panel de vie : professionnel, personnel, artistique, sportif… ça ne sert à rien de passer son temps à râler ou à attendre, il faut agir ! En tout cas, j’en suis totalement convaincu et c’est dans ces idéaux que j’élèverai mon fils. Pour nous, les habitants de Hienghène, la résistance et la ténacité sont dans notre ADN. Hyehen signifie « marcher en pleurant », du nom que les vieux ont donné à cet espace de la côte Est. On a l’habitude d’avancer, de se relever des échecs et de gagner la reconnaissance à la force de notre volonté.

En parlant d’effort et d’endurance, vous êtes aussi le directeur général du club de Hienghène Sport, qui était finaliste de la Coupe de Nouvelle-Calédonie cette année. 

Quand nous avons réorganisé le club en 2012 avec mon oncle Jean-Pierre Djaïwé et son fils, Jean-Mathias Djaïwé, personne (à part les gens du coin) n’y croyait. Et, encore une fois, ce n’est qu’après un très long travail collectif qu’on peut être fiers de nos avancées. La reconnaissance des autres, on l’a gagnée ! J’ai tendance à dire que je suis un « convoyeur de talents », qui accompagne les jeunes dans la réalisation de leurs rêves. C’est que je raconte dans le titre « Sowaxi », il faut croire en ses rêves, c’est ce qu’on a de plus cher ! Finalement, c’est ça ma forme d’engagement à moi. Donner de mon temps, encourager, soutenir…

Il y a donc clairement un fil conducteur dans votre album, qui relève presque d’un cours de  développement personnel !

Vous avez écrit pour moitié en langue et en français. Avez-vous une préférence ?

(hésitations) Pas vraiment… Composer en français permet de partager beaucoup plus, de me faire comprendre par un plus grand nombre, mais c’est vrai que j’ai moins l’habitude. Avec Koulnoué ou Cada, on écrit bien plus en langue qu’en français, mais j’ai appris. J’ai eu, par exemple, beaucoup de retours de Métropolitains sur le titre En partant de rien, car les gens s’y retrouvent. Finalement, on vit tous les mêmes doutes, les mêmes angoisses, les mêmes petites victoires de vie… Mais la langue ne fait pas tout non plus, la musique permet de dépasser les barrières du vocabulaire. Je pense aussi qu’il y a trois types de publics : ceux qui veulent comprendre les paroles, ceux qui préfèrent danser et aiment l’énergie de la musique et les plus pointus qui examinent la technique et le contenu. Il faut être vigilant à tous ces éléments pour faire un bon disque qui touchera un maximum de gens. 

À ce propos, pourriez-vous revenir rapidement sur votre parcours musical ? 

Comme pour beaucoup, la musique était partout quand j’étais gamin. Mon père m’a montré mes premières notes sur son clavier en faisant des petites marques au feutre noir sur les touches pour que je puisse me repérer. Il m’a offert ma première batterie à l’âge de 14 ans et j’ai commencé à jouer en tant que batteur avec mon groupe de la tribu de Ouenpouess, le groupe ADW. Je partageais aussi des scènes avec mes cousins qui avaient commencé à lancer le groupe Cada. Puis j’ai commencé à composer mes premières chansons au début des années 2000 avec mon groupe du lycée de Poindimié. Je suis parti faire des études en Métropole et j’ai continué mes compositions, comme une sorte de refuge. À mon retour en 2010, j’ai réintégré Cada et je me suis lancé avec KBB. La musique et la famille m’ont toujours accompagné dans mon parcours. 

Justement sur le titre Ma Famille, on découvre une voix nouvelle : celle de Lorna. Est-elle votre prochain talent à faire éclore ? 

C’est exactement ça ! Lorna est ma petite cousine et la fille d’Hippolyte Bouarat, leader du groupe Hurere de Hienghène et l’un des artistes chargés par Jean-Marie Tjibaou de lancer le kaneka dans notre pays. Elle a tout juste 18 ans et compose déjà. Son talent est encore très brut, elle doit apprendre à l’exploiter, mais si elle le souhaite, je peux l’accompagner et surtout la protéger de ce milieu parfois semé d’embûches, comme l’ont fait les plus vieux pour moi. Je pense qu’elle a les épaules pour mener de front les études et la musique et je l’aiderai volontiers à porter cette charge. Elle est l’héritière d’une longue lignée de musiciens et pourrait devenir une excellente chanteuse. C’est à elle de ne pas griller les étapes du long parcours qui l’attend et surtout travailler très dur pour y arriver. 

Ritchi, vous dites-vous que vous pouvez tout réussir, comme dans l’une de vos chansons ? 

Avec mon pote et frangin Jean-Louis Gorodey (que je salue), on se disait au lycée et à la fac qu’on allait « se déchirer » pour avoir tout ce qu’on voulait plus tard, les belles voitures, une grande villa… (rires !) Donc oui je pense qu’on peut tout réussir, mais parfois on ne peut pas tout avoir dans la vie. Même si pour certains la réussite est matérielle, pour moi, ce qui compte c’est d’être bien dans sa peau, dans sa vie, se donner, les moyens d’atteindre ses objectifs, tout ça me convient déjà très bien… C’est en tout cas ce que j’apprécie déjà en ce moment. Mais j’ai encore de la marge et grâce à Dieu, je continue mon petit bonhomme de chemin…

Hienghène à Nouméa

Endemix a eu le plaisir de rencontrer Ritchi Bouanou deux fois : la première dans son cocon de verdure à Hienghène puis à Nouméa pour le shooting photo. Il était très important pour Ritchi de poser avec l’identité de sa région, recréer la force de la nature, verte et bleue. Les photos de couverture du magazine et de l’article ont été prises par Marc Le Chélard sur les rochers devant l’hôtel Le Stanley à Ouémo.

Texte : Claire Thiebaut 

Photos : Marc Le Chélard 

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