I Nu

26/01/2017
ENDEMIX

« I nu, i nu ka mingöming, hna traan e hunei lai hnangöni… » Mon joli cocotier planté dans le sable doré… Le feu convivial, les chants polyphoniques de Lifou, les frissons partagés, la nostalgie à l’heure du départ… « I Nu », titre phare du CD diffusé depuis septembre 2016, reflète bien l’univers atypique du trio éponyme.

Née dans la cité drapière d’Elbeuf, près de Rouen, au cœur d’une famille de mélomanes, Marianne rencontre Hnawejë lors d’une répétition en 1999. Chacun évolue alors dans un groupe de reggae. À la caserne, le natif de Hapetra, à Lifou, a eu tout le temps de faire ses gammes à la guitare sur « Jeux interdits ». Ils ne se quitteront plus, époux, musiciens et chanteurs complices. Il y a dix ans environ, le couple Canehmez cherche des endroits pour tourner avec la formation Nakamal. Dans l’annuaire, Marianne trébuche sur le providentiel Kava Café, près d’Évreux. L’établissement est tenu par Enock, membre d’un groupe de rock, parti lui aussi à l’armée en France, puis s’essayer au football à un niveau très honorable. Enock Pagou-Banehote vient de la tribu de Tendo, à Hienghène. Un trio va bientôt naître : I Nu, le cocotier. Marianne au chant et au ukulélé, Hnawejë au chant et à la guitare, Enock à la guitare ou à la basse selon les morceaux. En règle générale, Marianne écrit les textes, Hnawejë compose et Enock accompagne.

Le temps qui passe

De festival en festival, ils finiront par jouir d’une réputation prometteuse dans la région. Mais fin août, le couple embarque pour la Calédonie. Hnawejë en a un peu marre de la France, Marianne a obtenu sa mutation à NC1ère où elle travaille comme monteuse vidéo. Enock suivra un mois plus tard. Entre-temps est né un album de treize titres réalisé par Christophe Pélissié au studio du Flâneur à Rouen. « On avait enregistré une maquette chez lui. Il nous avait dit que ce serait du gâchis de s’arrêter là, il croit vachement en notre musique… » Pour donner de la couleur aux sons, le producteur n’hésitera pas à recourir à des micros à ruban et à lampe des années 1940 et 1960.

Bossa, funk, maloya…, les ballades world music de I Nu invitent au voyage, de Lifou à Cuba, et du Cap Vert à la Normandie ! Pas de kaneka – « suffisamment de groupes s’y consacrent » –, mais un métissage poétique et groovy dans lequel, en drehu, français et anglais, la formation décline à l’envi les thèmes de l’amour, de l’enfance, du voyage et du temps qui passe – « on est des grands angoissés de la mort ! » – à travers « des paroles globalement humanistes ». Ainsi, par exemple, de « Pi tronia » (« les frangins et cousins décédés »), « Jining » (« nos chers disparus ») ou encore « Peng » (« une sorte de “saudade” du pays qui nous manque »). Franchement nostalgique, mais tellement harmonieux…

L’harmonie des voix 

« Chanter, le moment où je me sens le plus moi-même, le bonheur total ! » Lors d’une répète comme en concert, Marianne se livre à fond. Immense sourire aux lèvres, œillades gourmandes vers son partenaire de vie et de scène (stoïque, sous son bonnet de laine). Sensuelle, le micro heureux, quand Hnawejë ne fait que flirter avec le sien. Leurs deux voix se caressent, jouent, filent le parfait amour. Elle puissante, parfois dans le registre gospel, lui douce, joliment sertie, souvent de tête. « On chante ensemble depuis si longtemps… on se connaît par cœur. »

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Texte : Jean-Marc Estournès / 2016

Photos: Eric Dell'Erba / 2016

Extrait d'Endemix Magazine #16 - Dec 2016-Janv 2017

De gauche à droite, Hnawejë et Marianne Canehmez, et Enock Pagou-Banehote. 

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