Ala Ko

18/04/2017
ENDEMIX

Il a presque autant de surnoms qu’il a d’artistes dans la tête ! Pierrot, Alakutren, Ala (Ko), Aloun, tous concourent à faire de Pierre Hukane un poète hybride qui évolue entre théâtre, musique et art du clown. Rencontres (au pluriel !) avec un passionné enthousiaste.

Adolescent, Pierre Hukane se prend les pieds dans le tapis de son parcours scolaire à Nouméa, « après un mauvais choix d’orientation vers un BEP de tourneur-fraiseur, alors que je ne pensais qu’à faire des études littéraires », se souvient-il. Avant même de passer les examens, il met un terme à cette aventure mécanique et s’envole pour Maré. Il s’y ressourcera pendant quatre ans. « J’avais mon champ, mon autonomie, j’étais bien ! Mais j’avais envie de reprendre les études. » De recherche en questionnement, le jeune adulte découvre le DAEU de l’université de Magenta, « le diplôme d’accès aux études universitaires ! », articule-t-il pour bien insister sur ce dispositif qui a changé sa vie. « Je l’ai validé en trois ans au lieu d’un, mais j’ai appris beaucoup pendant cette période. » Détail important de la personnalité d’Ala : son énergie qui, selon lui, frôle l’hyperactivité. Il se lance alors dans moult projets dont deux seront particulièrement déterminants pour l’artiste qu’il est devenu : les cours de saxophone au conservatoire et le théâtre à l’université. 

Ala Ko, le dur à cuivre

De sa jeunesse, il entend encore la musique blues et soul qu’écoutaient ses parents. « J’étais captivé par la mélodie du saxophone. » Alors, nouvelle idée fixe : se procurer un instrument. « Pour acheter mon premier saxo d’occasion, j’ai déterré toutes mes ignames à Maré, cuisiné dix bougnas avec ma mère et fait des pièces avec les ventes ! », s’amuse-t-il à raconter. Entre les études le soir, les petits boulots la journée, le musicien novice s’inscrit au conservatoire en 2005, et rejoint rapidement plusieurs groupes de Nouméa, leur apportant une chaude couleur cuivrée. « Je pense qu’il ne doit pas y avoir plus d’une quinzaine de saxophonistes sur le territoire. Nous sommes une denrée rare ! », sourit l’intéressé désormais professionnel. Il a tourné avec Baraka, Skawa, Dimelo, Zebra, Inotux, Tokaera et Ekoten. Si certaines de ces formations sont en stand by, d’autres sont bien d’actualité comme W Fyah de Houaïlou.

Ala Ko, en mode clown

Pierre Hukane s’agite aussi sur les planches. Souple et dynamique, tout son corps est un objet de scène ; son visage se transforme à l’envi après quelques coups de peigne qui défrisent ou gonflent sa tignasse. Il se lance d’abord avec l’association des Strapontins en 2005 avant d’assurer des rôles de remplaçant auprès des compagnies Les Incompressibles, Les Kidams avec qui il part en tournée en Nouvelle-Zélande pour Le Huitième Jour, Pacifique et Compagnie en théâtre-forum, l’Archipel avec Le Fil à la Patte et bien d’autres. « Ma vraie passion, c’est l’art du mime et du clown. J’aime la gestuelle et le mouvement. » Le comédien rencontre alors André Luserga et intègrela compagnie Nez à Nez, une troupe de créations théâtrales et clownesques. Avec elle, Ala sera au théâtre de Poche du 21 au 23 avril prochain pour le spectacle C’est quand Dimanche ?, une chorale déjantée dans laquelle le nez rouge est de rigueur. 

Ala Ko, tout public

Au regard de son parcours, Ala Ko sait combien l’art peut être une voie d’expression, parfois salvatrice, et s’engage en faveur du public handicapé de l’association Valentin Haüy ou à la CCI comme formateur en communication pour les élèves apprentis. Grande première cette année, il officiera aussi en milieu carcéral pour aider les détenus en vue de leur réinsertion dans le milieu professionnel. « Je fais aussi beaucoup d’éveil musical pour les petits en crèche, un vrai moment de plaisir ! », sans oublier son mi-temps d’accompagnateur d’éducation au collège de Tuband et ses cours de saxophone aux ateliers du Faubourg. Face à ces différents auditoires, Pierre adapte son discours et développe des méthodologies pour encourager la prise de parole en public, booster la confiance en soi, ou, en un mot, apprendre à déployer devant soi le tapis rouge de la libre expression pour ne plus trébucher.

Texte : Claire Thiebaut / 2017

Photo : Ivan Zupančič / 2016

Extrait d'Endemix #18 - Mars-Mai 2017 / Consultable en ligne

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